| Déclaration de la Présidente de l’ICOM sur les actions en justice
actuellement intentées contre des musées pour le retour de biens culturels
exportés illégalement (en particulier, l’Italie contre le musée Jean Paul
Getty)
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L’ICOM soutient explicitement le droit du gouvernement italien à intenter
une action en justice à l’encontre des musées pour le retour des biens
culturels illégalement exportés. L’ICOM prend très au sérieux ces affaires
et leurs corollaires concernant l’acquisition illicite par des musées, aux
États-Unis et dans d’autres pays, d’objets anciens pillés. En tant que
principal organe international prescripteur de normes et de principes
applicables à la conduite professionnelle des musées dans le monde entier,
l’ICOM se doit d’apprécier les actions appropriées à prendre pour répondre à
ce type de violations graves du Code de déontologie de l’ICOM pour les
musées.
L’ICOM a pour principe de soutenir les gouvernements menant, par voie de
justice nationale ou internationale (que ce soit sous forme de recours
officiel ou de poursuite judiciaire), des actions en justice pour exiger la
restitution de biens culturels illégalement acquis. Bien que l’ICOM ait
aussi pour principe de s’abstenir de tout commentaire sur des affaires
spécifiques en cours de jugement devant un tribunal, l’ICOM et, en
particulier, son Comité pour la déontologie, continue et continuera de
suivre de près les informations résultant des actions du gouvernement
italien dans les affaires impliquant le musée Getty ou d’autres musées.
L’ICOM continuera aussi de réaffirmer son soutien aux actions en justice
intentées par des gouvernements déposant des plaintes crédibles et
pleinement justifiées concernant la propriété culturelle.
Bien que bon nombre des actions intentées par l’État italien soient encore
en cours (et techniquement en instance), il est amplement prouvé dans le
domaine public que de grands musées ont commis des fautes professionnelles
en faisant l’acquisition d’objets anciens sans provenance attestée – preuves
rassemblées au fil des ans grâce aux efforts de la brigade spéciale des
antiquités et du patrimoine (Carabinieri) et à des actions en justice
(certaines menées avec succès, d’autres encore en cours), à telle enseigne
que l’ICOM se doit aujourd’hui de faire une déclaration publique.
Le Comité pour la déontologie de l’ICOM estime qu’il est aujourd’hui
opportun que l’Organisation réaffirme sa position sur l’« Éthique des
acquisitions » (et, par là même, revienne au cœur de sa mission publique
initiale sur la déontologie des musées). L’ICOM continue d’affirmer que, en
vertu du document de 1970 – disponible sur le site Web suivant :
http://icom.museum/acquisition_fr.html
Il est important de rappeler ce que l’ICOM entend que tous les musées
défendent, notamment en luttant contre la généralisation impressionnante du
trafic illicite ces dernières années, étalée au grand jour dans un grand
nombre d’actions aujourd’hui entreprises par divers gouvernements (en
Italie, en Grèce, etc.) et par d’autres parties.
Il faut souligner que le Code de déontologie de l’ICOM pour les musées –
auquel tous les membres individuels et institutionnels sont tenus d’adhérer
– va au-delà du cadre minimal de conformité juridique prévu par les diverses
législations nationales en matière de conflits de propriété culturelle.
Sachant que les normes déontologiques applicables à la profession muséale
exigent un niveau d'obligation de diligence supérieur à celui parfois requis
par des législations différentes, l’ICOM prescrit dans son Code les normes
et principes de bonne conduite professionnelle qui suivent :
2.2 > Titre de propriété en règle
Aucun objet ou spécimen ne doit être acquis par achat, don, prêt, legs ni
échange si le musée responsable n'est pas certain de pouvoir obtenir un
titre de propriété en règle. Un acte de propriété dans un pays donné ne
constitue pas nécessairement un titre de propriété en règle.
2.3 > Provenance et obligation de diligence
Avant l’acquisition d’un objet ou d’un spécimen offert à l’achat, en don, en
prêt, en legs ou en échange, tous les efforts doivent être faits pour
s’assurer qu’il n'a pas été illégalement acquis dans (ou exporté
illicitement de) son pays d'origine ou un pays de transit où il était
peut-être propriété légale (y compris le pays même où se trouve le musée). A
cet égard, une obligation de diligence est impérative pour établir
l'historique complet de l'objet depuis sa découverte ou sa création.
[Code de déontologie de l’ICOM pour les musées (révisé en 2004 ; publication
de ICOM, Paris, 2006)]
Le Code de l’ICOM est disponible dans sa version intégrale sur le site Web
de l’ICOM, aux formats HTML et PDF, à l'adresse suivante :
http://icom.museum/ethics_fr.html
Il est clair que la courbe du trafic illicite est directement dépendante des
principes déontologiques et des sanctions applicables à l’acquisition
d’objets et/ou de documents à provenance non établie par les musées (en tant
que principales institutions de normalisation et qu’acheteurs fixant
l’indice des prix sur le marché international de l’art). Le rôle des musées
et leur influence sur le trafic illicite sont loin d’être une question
minime, comme d’aucuns s’appliquent à le prétendre depuis des années.
A cette occasion, l’ICOM souligne combien il est important d’affirmer et de
renforcer les travaux entrepris pour identifier rétrospectivement la
provenance des collections, afin d’assurer que les œuvres pillées sont
retournées aux propriétaires légitimes – ainsi les efforts redoublés pour
localiser et retourner des objets pillés pendant l’Holocauste sont-ils
apparus, ces dernières années, comme une question brûlante d’« obligation de
diligence ».
Parallèlement, l’ICOM ne s’arrête pas aux actions en justice ou aux
solutions de dernier recours pour faire face aux litiges relatifs à la
propriété de biens culturels ou autres objets ou documents en possession des
musées. L’ICOM (en particulier avec l’aide de son Comité pour les Affaires
juridiques) essaie également d’encourager les musées à recourir à des
solutions de médiation ou de négociation informelle en cas de litige sur la
propriété et sur le retour de biens culturels. L’Organisation explore aussi
de nouveaux types de relation constructive entre les institutions et de
nombreuses parties (y compris les communautés source) afin d’améliorer la
gestion des collections et la protection du patrimoine.
S’agissant des possibilités plus constructives de résolution des conflits –
en cours ou potentiels – sur la propriété culturelle, l’ICOM se tourne, une
fois encore, vers sa déclaration officielle de janvier 2006 (en anglais,
français et espagnol) concernant la médiation :
Déclaration de la Présidente de l’ICOM Alissandra Cummins
Promouvoir le recours à la médiation pour résoudre les conflits sur la
propriété des objets appartenant aux collections des musées
Voir à l'adresse : http://icom.museum/statement_mediation_fr.html
Alissandra Cummins
Présidente, Conseil international des musées (ICOM)
décembre 2006
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